concours biennale
de microarchitecture

La Cité de l'architecture & du patrimoine depuis 2003, propose le premier concours biennal de microarchitecture ouvert aux étudiants des écoles d'architecture, de design, d'art, d’ingénieur et de paysage.

L'école Supérieure du Bois, depuis plusieurs éditions, accompagnent et réalisent la fabrication des prototypes des équipes lauréates et aujourd'hui, le Via se joint à l'action. L'objectif est de prouver par l'exemple que la petite échelle peut se décliner en architecture à travers de multiples projets et objets, rivalisant d'inventivité et de poésie. Il s'agit avant tout, de concevoir une petite architecture qui doit faire le maximum!

A chaque cession, un thème est proposé : des «Minimaisons roulantes», au «pop-up box pour rituel d’été», à « Construire XXS pour les + petits », pour sa cinquième édition, le thème portera sur la restauration de rue.

sujet

Ma cantine en ville
Réactiver l'espace public.
Inventer de nouvelles civilités

Manger dans la rue se résume souvent à avaler un « aliment préparé » en posture debout, pris entre les flots discontinus des piétons et celui des automobiles. Les bancs publics, jadis lieu de convivialité sont considérés désormais comme source de désordre ; tolérés dans nos jardins et nos parcs publics ils sont proscris de la plupart de nos rues. Hormis la terrasse de café, rien n’invite aujourd’hui à s’arrêter dans la rue pour se restaurer seul ou à plusieurs, se poser et prendre le temps. Cette réalité repose sur une représentation fonctionnaliste de l’espace public, exclusivement dédié à la gestion des flux, individus et marchandises. Pour celui qui refuse le déjeuner au bureau devant son ordinateur, dans l’entreprise, à l’usine, ou le dîner au restaurant, aucune autre alternative que celle du « fast food » et de la « baraque à frite », réalité exécrée de la « malbouffe ».

Pourtant, l’histoire nous enseigne que la rue n’a pas toujours été cet espace contraint par des normes d’hygiène et de sécurité, dédié prioritairement au commerce et à la circulation, mais un lieu où ce sont constituées et affirmées nos sociabilités et affinées nos vies collectives. Ailleurs dans le monde, la rue reste le théâtre fascinant dans lequel les humains se côtoient dans leurs multiples activités et notamment celles relatives aux « arts de la subsistance ». Dans nos récits de voyage les exemples abondent. En Chine, les marchés de nuit où l’on grignote de stand en stand ; à Tokyo le souvenir de soirées hivernales autour d’un bento au Yataï ; en Inde lorsque nous achetons notre plat au Dababblawwas ; à Bamako au petit matin chez la marchande de beignet ou à midi à Antananarive, écrasé par le soleil, à déguster un ravitoto à l’ombre dans un maki.

Certes le climat des pays du nord ne favorise pas l’extension de ces pratiques, se déployant le plus souvent dans des architectures sommaires, quelquefois même à ciel ouvert. Pourtant la persistance des foires, des marchés, mais également la recrudescence des fêtes de quartier, des vide-greniers, voire l’apparition récente des apéritifs géants, démontre s’il en était besoin les puissantes aspirations des citadins à investir les espaces publics pour briser la solitude et l’isolement. Nos sociétés développées, prises dans des tissus urbains en extension infinie, ont besoin plus que jamais d’hospitalité. Dès lors, s’installer pour manger dans la rue est une manière d’affirmer la qualité d’un lieu, d’un ici et maintenant ; un acte que l’on pourrait qualifier de politique puisqu’il affirme, en se posant, redonner de la qualité à l’espace public et de la valeur au temps collectif. Il s’agit rien de moins que de réactiver nos civilités, voire d’en inventer de nouvelles.

En reprenant l’idée de la cantine, dans sa signification historique - celle d’un meuble conçu à la fois pour le transport de vivres mais aussi en tant que réfectoire dans lequel sont pris les repas en commun - nous invitons les étudiants en architecture et en design à imaginer un dispositif (un objet hybride entre meuble, véhicule et architecture) capable de répondre non seulement à la préparation des aliments, à leur distribution, mais aussi à leur consommation dans la densité de l’espace public. Il s’agit d’un objet mobile, roulant ou transportable, adaptable à tous types de lieux (y compris les plus contraignants : le trottoir, la place de parking, etc…), ainsi qu’à toutes les conditions et variations climatiques. Il est facile à mettre en place et capable d’accueillir plusieurs convives dans des conditions de confort satisfaisantes. Bref, il doit inciter à s’arrêter, à déguster, à échanger et à … demeurer.

Fiona Meadows (IFA) et Michel Bouisson (VIA) co-commissaires du concours Mini maousse 5